L’ORIGINE DE 99 WOMEN

crédit photos Liz Hingley

La pièce 99 women est née d’un poème écrit à la fin de l’année 2012 et qui s’intitulait Vies et morts de 99 femmes ordinaires. A cette époque, je ne savais plus très bien à quelle femme me vouer car mon petit pécule d’identité avait été bien laminé par la grande roue chinoise.

Comment être une femme ? Dans ce poème défilait un long cortège de femmes et d’ombres qui se bousculaient pour répondre à la question. Elles entraient dans le carré lumineux du poème pour résumer leurs vies en une phrase sèche comme un procès-verbal. Pourtant, ces 99 fragments d’existence ne disaient pas tout de leurs vies et ces 99 témoignages n’épuisaient pas le sujet du féminin. Le poème, plus clairvoyant que moi, me donnait la clé : la question de savoir « comment être une femme » resterait ouverte.

A l’automne 2014, j’ai transformé ce poème-matrice en pièce de théâtre. Ces femmes intérieures, je souhaitais leur faire prendre l’air, les faire marcher et parler. J’ai évincé quelques anciennes locataires. Elles radotaient. J’ai ouvert la porte à d’autres femmes plus frivoles, plus diverses, plus glaciales aussi.

La pièce s’est déployée entre Octobre 2014 et Février 2015 et tandis que j’écrivais, je me demandais comment j’allais la jouer. Seule ? Avec quelques comédiennes ? Et pourquoi pas 99 ? Trouver 99 femmes dans la mégalopole shanghaienne n’était pas impossible. Cette ville donne aux femmes la possibilité de s’exprimer et se réinventer. Les attachements anciens se délient et les identifications pesantes se défont et se recomposent plus librement. Les femmes de Shanghai comprendront.

Fin Octobre, j’ai commencé mon casting sauvage dans les rues encore infusées de douceur automnale. Avouons-le, j’ai « levé des filles » comme un vulgaire souteneur. L’accroche était sommaire : « je monte une pièce de théâtre. C’est un projet un peu spécial…. avec 99 comédiennes ». En général, la réponse ne se faisait pas attendre: j’en suis, disaient-elles.

A Noel, j’avais déjà reçu 40 promesses ; le projet a pris alors toute une autre ampleur. Des artistes m’ont rejoint la photographe Liz Hingley, la chorégraphe Amy Chan, le compositeur Jordan Kostov et la tromboniste Mindy Ruskovitch ; puis l’association de femmes francophones de Shanghai La Ruche a décidé de soutenir ce projet collaboratif. En février 2015, j’ai terminé d’écrire la pièce et pensé l’organisation générale du projet. L’aventure des 99 women pouvait commencer.

Geneviève Flaven

 

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