99 WOMEN_PREMIER CYCLE

Un premier cycle de 7 semaines de répétitions de la pièce 99 women s’est achevé  il y a quelques jours. Pour beaucoup de femmes, c’était leur première expérience du théâtre, un moment de découverte à la fois jubilatoire et troublant.

Guidées par les coordinatrices, les séances commencent par des exercices d’échauffement. Ils permettent de dénouer le corps, de libérer la voix crispée par les tensions du quotidien. Les comédiennes s’interpellent, respirent, vocalisent, marchent. Le studio de répétition ressemble tour à tour à une salle de gymnastique ou un asile d’aliénées. On s’amuse.

A mesure que les corps se détendent, la présence charnelle devient plus consistante et plus subtile et acquiert une intensité que nous avions oubliée. En effet, connectées en permanence au monde derrière nos écrans, nous escamotons souvent la réalité du corps. Nous sommes ici et ailleurs, flottant dans le temps et l’espace. Le théâtre nous  rappelle cette vérité avec fulgurance : notre corps est là et il parle. Car sur scène, il n’est pas possible d’être ailleurs ; chaque geste devient signifiant ;  le corps s’exprime et le public, tout proche, devine intuitivement ce qu’il veut dire. Miracle ! Nous entrons en scène : il se passe déjà quelque chose. C’est la première découverte.

Ensuite vient l’exploration des émotions. Après quelques lectures du texte « à plat », on s’attache à faire varier les intentions. Au départ, le ton reflète l’état d’esprit du moment– excitation, tristesse ou timidité – puis, les comédiennes s’aventurent autour des mots créant des contre-points drôles ou émouvants – elles deviennent idiotes, rebelles ou débordent d’allégresse.  Elles surprennent à moduler des émotions inédites et pourtant indubitablement personnelles.

C’est la deuxième découverte. L’injonction « d’être soi », si communément acceptée dans la vie sociale, resserre souvent le champ des émotions que l’on s’autorise à exprimer. Curieusement, pour affirmer sa personnalité, on se cantonne à un registre familier, conforme à l’image que l’on souhaite projeter. Incarner un personnage de théâtre permet de faire voler en éclat cette mécanique étouffante et ouvre peut-être en soi, des passages où l’on respire un air différent.

L’expérience théâtrale nous mène à l’essentiel de ce que nous sommes: une présence singulière où remue tout un monde de couleurs et d’émotions. C’est cette découverte, simple et festive, que le public pourra partager les 9,10  et 11 Octobre au Children’s Art Theatre of China Welfare de Shanghai.

Geneviève Flaven.

 

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